Bienvenue (version longue)

18 décembre 2009 Agnès Entrée

Parmi les cas de conscience auxquels j’ai été confrontée ces derniers temps, commençons par le début, à savoir mener une grossesse et un accouchement le plus naturellement possible.
Parce qu’à peine on se remet de l’immense joie de voir apparaître les 2 barres sur le test, qu’on se retrouve ballotée entre visites et examens médicaux (alors que l’on n’est pas malade!), et ce n’est que le début… Bientôt c’est tout un nouveau vocabulaire à potasser si on ne veut pas subir l’événement le jour J mais le vivre pleinement.

Concernant le suivi de grossesse, on n’est pas toujours bien informée que tous les examens ne sont pas obligatoires: 7 consultations prénatales, recherche d’albumine et de glucose dans les urines tous les mois, détermination du groupe sanguin, recherche d’agglutinines irrégulières, sérologies de la syphilis, rubéole, toxoplasmose, et hépatite B, ainsi qu’1 visite postnatale sont le minimum auquel on n’échappe pas. Mais il n’est pas facile d’en rester là… Attention, je ne dis pas qu’on a intérêt à en faire le moins possible, mais juste qu’il faut être bien renseignée sur la pertinence des différents actes médicaux en fonction des cas, car on nous les présente souvent comme étant incontournables. Des exemples?

  • le « triple test »:
    Il s’agit d’une prise de sang permettant de doser 3 marqueurs (β-hCG, αFP, et œstriol) à partir desquels un « niveau de risque » de trisomie est évalué. Or on ne prend pas beaucoup le temps de nous expliquer que 1) avant 38 ans, et si la mesure de la clarté nucale est bonne lors de la 1ère échographie, le risque est faible 2) le résultat ne sera pas « positif » ou « négatif » mais « niveau de risque faible » ou « élevé » (avec ça, on est avancé…), et en plus ce n’est pas très fiable donc 3) ça se finit par une amniocentèse, seul diagnostic génétique fiable, si le seuil de risque est supérieur à 1/250: donc si on n’est pas prête à laisser quelqu’un introduire une aiguille dans son petit ventre rond, inutile de commencer par la prise de sang… 4) mais surtout, imaginons un peu, les résultats tombent, à environ 4 mois de grossesse, bébé trisomique: soit, c’est dur, on veut toutes un petit parfait, la vie risque d’être différente, plus compliquée, … mais franchement, est-ce pour autant une raison d’interrompre la grossesse? Les parents d’enfants trisomiques aiment-ils moins leur progéniture que les parents d’enfants « normaux »? Tout ceci mérite une réflexion nettement plus longue que les 5 min accordées par le gynéco lors de la 1ère visite prénatale…
  • la supplémentation en fer:
    2e visite prénatale et à nouveau le Dr A… me surprend: il me prescrit du fer sans vérifier mes taux d’hémoglobine et de ferritine, càd sans savoir si je suis anémiée suite à une carence en fer. Alors même que le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français conclue qu’il n’y a aucune justification à la supplémentation systématique en fer des femmes enceintes dans ses Recommandations pour la Pratique Clinique! Inutile de préciser que je ne l’ai pas pris…
  • le test O’Sullivan:
    C’est une analyse de sang consistant à doser la glycémie 1h après l’ingestion de 50g de sucre et permettant de dépister un éventuel diabète gestationnel. Certes ce n’est pas l’examen le plus désagréable qui soit mais c’est tout de même plus contraignant que la bandelette urinaire, et tant que 1) on ne présente aucun facteur de risque particulier 2) on ne trouve pas de sucre dans les urines et 3) on ne ressent aucun symptôme (envie fréquente d’uriner, soif intense, faim insatiable), pourquoi s’embêter?
    Et bien lors de ma 3e visite, le Dr A… me remet une ordonnance comportant ce test à faire (alors que pas obligatoire) mais pas la recherche de sucre dans les urines (pourtant obligatoire), et refuse de la modifier! Non seulement je n’ai pas fait cet examen mais en plus j’ai changé de gynéco!

Viennent ensuite les séances de préparation à la naissance.
Je me suis rendue au 1er cours de préparation « classique » organisé par la maternité plus pour voir que dans l’intention d’assister à tous. Et je dois avouer que j’ai été agréablement surprise: la sage-femme tient un discours humain, ne compte pas ses heures quand il s’agit de répondre aux questions, on est en petit nombre, ce qui encourage les échanges, et confortablement installées à grand renfort de coussins. De plus, ces cours m’ont permis de connaître les pratiques de l’établissement, et de me renseigner dans quelle mesure elles étaient ou non flexibles, ce qui m’a aidée dans la rédaction d’un projet de naissance.
J’ai complété cet apprentissage plutôt théorique par un peu de pratique: quelques séances de piscine, qui à défaut de me préparer à accoucher ont ponctuellement soulagé mes -BIP- kg supplémentaires, et quelques séances de sophrologie qui m’ont appris à mieux me relaxer, respirer, prendre une bonne posture, activer mes pensées positives… Enfin ça c’était avant le début du travail…

Car pour ce qui est de l’accouchement, j’ai clairement échoué à « vivre une naissance la plus naturelle possible » telle que décrite dans notre projet de naissance.
Dans cette sorte de contrat passé avec l’équipe médicale en vue de préciser ce que nous souhaitions et ne préférions pas lors du déroulement de l’accouchement, j’avais espéré: conserver ma liberté de mouvements pendant tout le travail, ne pas avoir recours à la péridurale, pouvoir adopter une position autre que « gynécologique » au moment de la naissance, ne pas subir les classiques directives « inspirez, bloquez, poussez », faire du peau à peau avec mon bébé après la naissance, l’allaiter ou à défaut tirer mon lait pour lui donner, lui éviter l’aspiration gastrique et la désinfection oculaire.
Résultat: la douleur m’a rapidement clouée au lit (en plus c’était plus l’heure de dormir que de faire les 400 pas…), après des heures à souffrir le martyre pour rien (refus du col à se dilater) j’ai demandé la péridurale, et après d’autres (nombreuses!) heures (toujours douloureuses!) je me suis retrouvée les jambes dans les jambières à (essayer de) suivre les instructions pour pousser (ce qui s’est soldé par une extraction aux forceps), j’ai finalement refusé qu’on me pose mon bébé sur le ventre tellement je n’en pouvais plus (et lui en voulais -même s’il n’y était pour rien- de m’en avoir tant fait voir), un petit problème de santé nous a séparé (lui en service de néonatalogie, moi en maternité) et des problèmes de communiation entre services m’ont compliqué la mise en route de l’allaitement sans qu’on me propose jamais de tirer mon lait, et fièvre oblige mon p’tit bout a eu droit à l’aspiration gastrique, la désinfection oculaire, plusieurs prises de sang et des antibiotiques en intra-veineuse pendant 5 jours!
Mais je ne blâme personne dans l’histoire (sauf les puéricultrices qui filaient un bib’ de lait maternisé à mon petit dès que j’avais le dos tourné!!!), car toute l’équipe médicale nous a toujours expliqué la situation, demandé si on était d’accord pour effectuer tel ou tel geste, et a agi dans l’intérêt de la santé de notre enfant… et a supporté mes hurlements et mes sollicitations incessantes pendant des heures sans jamais perdre patience!

En conclusion, je dirai que l’essentiel dans tout ça, c’est de trouver des interlocuteurs humains, à l’écoute, avec qui le dialogue est possible et on se sente en confiance (les sage-femmes sont souvent meilleures dans ce domaine d’après ce que j’ai constaté, dommage qu’il n’en existe que très peu qui assurent  un accompagnement global à la naissance -suivi de grossesse, accouchement, et suites de couches par une même sage-femme- en France). Car une grossesse comporte toujours une part d’incertitude quant à son déroulé et aux conditions de son achèvement.
Et puis on a un beau bébé, vivant et en bonne santé, et c’est ça le plus important!

N.B. Une aide qui m’a été précieuse pour connaître les pratiques utiles et celles infondées pendant un accouchement, et donc ce qu’on peut légitimement exiger dans un projet de naissance, c’est le document de l’Organisation Mondiale de la Santé Les soins liés à un accouchement normal.

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